News

L’OSQ, Philip Mann et Herman Kolgeni: de la cendre au cosmos

Derrière les musiciens, un immense écran sur lequel les spectateurs regardaient défiler des vidéos d’Herman Kolgen pendant la prestation de l’orchestre.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Emmanuel Bernier, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) En guise de point d’orgue à sa programmation éclectique, le Mois Multi a présenté mercredi soir le fruit d’une collaboration fort con­cluante entre l’Orchestre symphonique de Québec, le chef américain Philip Mann et l’artiste multidisciplinaire Herman Kolgen sur la scène de la salle Louis-Fréchette. Et quand on dit sur la scène, c’était autant pour les artistes que pour le public : une vingtaine de musiciens étaient tournés vers le fond de la scène, où se trouvaient trois ou quatre centaines de spectateurs, qui voyaient défiler des vidéos de Kolgen sur un immense écran situé derrière les musiciens.

En trois temps, la prestation présentait d’abord Different Trains, oeuvre primée du compositeur américain Steve Reich. À l’origine écrite pour quatuor à cordes, la composition a été jouée par quatre fois plus de musiciens, qui ont accompli le tout avec un constant brio, compte tenu de la complexité de cette musique minimaliste.

Le tour de force accompli par Philip Mann, qui devait se coller à une bande magnétique durant près d’une demi-heure, était par ailleurs tout à fait admirable. Les images ajoutées par Kolgen, qui nous propulsaient sur les rails de l’angoisse, apportaient une autre dimension à l’ouvrage.

Ensuite, le court Overlapp (Chevauchement), auquel a collaboré le compositeur Patrick Saint-Denis, mêlait les cordes et les percussions sur une vidéo de Kolgen. Ces images nous faisaient voir le monde tel que nous le connaissons, mais sans jamais montrer l’homme.

Un lien intéressant avec le vaste final, Dust, immense fresque sur le thème de la poussière. Présentée avec le seul soutien d’une bande sonore, cette oeuvre aux accents de fin du monde est porteuse d’un souffle incommensurable et inspire crainte et respect : nous ne sommes pas loin du sublime kantien.

Dans la noirceur presque totale, nous avons eu l’impression d’assister à un rituel vivant, un véritable mariage entre le son et l’image. Et quelle coïncidence que cet événement soit présenté exactement une semaine avant le mercredi des Cendres, dont le message central s’articule autour d’un verset riche de sens de la Genèse : «Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière.» Comme quoi la communion avec le sacré peut être protéiforme…